Comment vas-tu Jardijungle ?🌳🌞

Texte graphique 'JARDIJUNGLE' avec Agathe et Alice regardant un paysage riche en fleurs, buissons, et d'une mare.

Ce lundi-là, Agathe et Alice rentrent de l’école, grimpent à l’appartement et débarquent dans la cuisine.

— Coucou maman !

— Coucou mes chéries ! répond leur mère tout en préparant le goûter.

Ce dernier à peine terminé, Alice monte sur la chaise près de la fenêtre et regarde dehors.

— Agathe ! Viens voir ! Grand’pa et Grand’ma sont dans le Jardijungle !

Agathe s’approche à son tour. En bas, Hyppolite est penché sur un massif, une brouette à côté de lui, pendant que Pétunia s’active autour de la vieille tonnelle.

— On peut aller les voir, maman ? demande Alice, une main déjà sur la poignée de porte.

— Essuie ta bouche pleine de chocolat d’abord, sourit Mia.

Deux minutes plus tard, les filles dévalent l’escalier et traversent la terrasse en courant.

— Grand’pa ! Grand’ma !

Hyppolite se redresse en riant.

— Ah, voilà mes p’tites curieuses !

Pétunia pose son sécateur et ouvre les bras, dans lesquels Alice se jette tel un bolide.

— Doucement mon ouragan !

— Qu’est-ce que vous faites ? On peut vous aider ? demande Agathe, en observant les plates-bandes.

— Tenez, goûtez ça plutôt, répond Pétunia en tendant deux figues bien mûres à chacune. C’est votre papy Jef qui les a cueillies ce matin dans le verger, avant de filer réparer la clôture.

Alice croque directement dedans, le jus lui coulant sur le menton.

— Alors, dit Hyppolite en s’essuyant les mains sur son tablier, ça tombe bien que vous soyez là. On allait justement faire le bilan de santé du Jardijungle.

— Le bilan de santé ? répète Agathe, intriguée. Il est malade ?

— Non, dit Pétunia. Mais tu sais Agathe, après un été pareil, ça vaut le coup de regarder ce qui a bien tenu et ce qui mériterait un petit coup de pouce.

— Un jardin, ça se soigne comme les gens ? demande Alice.

— Oui, répond Hyppolite. Et nous, on est un peu comme des docteurs. Allez, venez, on va faire la visite médicale ensemble.

Et après ces paroles, il s’engage sur l’allée. À ses côtés, Pétunia glisse carnet et crayon dans sa poche.

— Tu prends des notes Grand’ma ? demande Agathe.

— Souvent, répond Pétunia. Jardiner, c’est aussi observer. Ce carnet, c’est la mémoire du jardin.

Alice sautille entre les rangs de fleurs, s’arrêtant parfois pour les sentir.

— Regardez autour de vous, dit Hyppolite en s’arrêtant. Qu’est-ce que vous remarquez ?

Au-dessus d’eux, les arbres filtrent la lumière. Plus bas des arbustes touffus, puis des massifs de fleurs et au ras du sol, un tapis de plantes couvrantes.

— Il y a des plantes partout et de toutes les tailles, dit Agathe lentement.

— Exactement ! s’exclame Pétunia. Des arbres tout en haut, des arbustes en dessous, des fleurs plus bas encore et par terre, des plantes couvre-sol.

— C’est joli et c’est partout comme ça ici, ajoute Alice.

— Non seulement, c’est joli, comme tu dis si bien Alice, mais ça protège le jardin quand il fait chaud, dit Hyppolite. Ici, sous les arbres, il fait bien plus frais que là-bas, en plein soleil.

En arrivant au potager, Hyppolite désigne un rang de tomates, le feuillage encore vert malgré la saison sèche et caniculaire.

— Ce sont des tomates anciennes, une variété que l’on cultive depuis que je suis gamin. Elles n’ont presque pas souffert.

Alice, accroupie devant des salades, fait la moue.

— Par contre, tes salades, on dirait qu’elles ont chaud.

— Certaines, oui, répond Hyppolite. Mais regarde celles du fond, cachées en partie sous les haricots grimpants. Un peu d’ombre et ça change tout.

— Alors, dit Agathe, si elles sont petites et fanées, c’est juste parce qu’elles ne sont pas à la bonne place ?

— Et oui, sûrement.

Un paysage serein avec une mare entourée d'arbres verts et de l'herbe, reflétant le ciel bleu.

Poursuivant leur déambulation jusqu’au centre du jardin, Alice presse le pas, car il y a un endroit qu’elle adore : la mare !

— Chut, murmure-t-elle à Agathe. Si on fait trop de bruit, les grenouilles plongent dans l’eau et on ne les voit plus après.

De chaque côté, les deux grands chênes, avec leurs branches presque entremêlées au-dessus, forment une canopée protectrice.

— Elle a l’air bien la mare, malgré la canicule, observe Agathe.

— Plutôt bien, oui, répond Pétunia.

Alice pointe son index vers une petite pierre.

Un crapaud

— Regardez, le crapaud, il est toujours là !

— Eh bien, s’il est toujours là malgré la chaleur qu’on a eue, c’est que la mare lui a donné ce qu’il lui fallait pour tenir.

— On dirait quand même qu’il y a moins d’eau.

— Un peu, mais elle en a quand même assez. Les sources naturelles l’alimentent encore suffisamment.

Alice fronce les sourcils, le regard toujours fixé sur son crapaud.

— Et si un jour il n’y a vraiment pas assez d’eau, qu’est-ce qu’il se passe pour tous les animaux, Grand’ma ?

— On surveille son niveau et s’il est bas, on évite de prélever l’eau pour arroser, Alice, répond doucement Pétunia en lui caressant l’épaule. L’eau est précieuse pour tout le monde.

Hyppolite leur montre du doigt les installations un peu plus loin.

— Et c’est pour ça que nous essayons de récupérer toute l’eau de pluie que nous pouvons pour le jardin.

— Comment ? demande Agathe.

— L’eau qui tombe sur le toit de votre maison et de la nôtre sert à arroser le jardin et celle sur le toit de la serre, les plantes qui poussent à l’intérieur. Mais nous faisons aussi en sorte de choisir des plantes adaptées à notre climat et pas trop gourmandes en eau. Et nous avons certaines pratiques qui nous permettent d’économiser l’eau.

Alice réfléchit quelques secondes.

— En fait, vous essayez de faire en sorte que le Jardijungle ait moins soif !

Un jardin économe en eau

Si un jardin a besoin d’eau pour vivre, il y a des méthodes pour ne pas la gaspiller.

  • En choisissant des plantes adaptées à sa région, aux particularités du jardin et peu gourmandes en eau
  • En nourrissant la terre avec du compost (maison notamment). Une terre riche conserve mieux son humidité.
  • En protégeant le sol avec un paillage : feuilles mortes, paille, foin, etc. forment une couverture qui protège et ralentit l’évaporation.
  • En recueillant l’eau de pluie avec un seau, un tonneau ou une cuve installés sous une gouttière.

Choisir les bonnes plantes, protéger le sol, récupérer l’eau de pluie : des gestes simples que chacun peut appliquer, même sur un petit balcon.

💧 Mais l’eau ne sert pas qu’au jardin…

L’eau douce disponible est une ressource limitée dont dépendent les humains, les animaux et les plantes. Ne l’oublions pas.

Empruntant une allée plus étroite entre le verger et la serre, au détour d’un massif, apparaît un petit coin douillet : deux vieux fauteuils en osier, une banquette couverte de coussins aux couleurs pastel, un plaid en lin posé négligemment sur l’accoudoir.

— On se pose cinq minutes ? propose Pétunia.

Aussitôt dit, aussitôt fait ! Alice saute sur la banquette et s’enfonce dans les coussins.

— Comme il fait bon, dit Agathe en s’asseyant à son tour.

— Tu vois, dit Hyppolite en s’installant dans le fauteuil, on applique nos méthodes jusque là. Tissus légers et en matière naturelle, osier…

— Le bois et les couleurs claires gardent la fraîcheur, ajoute Pétunia. Le minéral et les teintes sombres, eux, emmagasinent la chaleur et la relâchent la nuit.

Le silence s’installe.

Plus tard, en passant devant les bacs à légumes en bois blanc, Hyppolite pose ses mains sur les rebords.

— Vous voyez les filles, on en parlait tout à l’heure, ça reste supportable même en plein soleil. Ces aménagements participent eux aussi à créer des espaces plus agréables et plus frais dans le jardin, tout en apportant du confort à ceux qui y vivent ou viennent s’y promener.

Ils longent la haie et débouchent dans la prairie, où ondulent doucement les herbes hautes.

Une prairie vibrant de fleurs sauvages comprenant des fleurs violettes et orange parmi de l'herbe verte.

— C’est sauvage ici, dit Alice.

— Oui et c’est fait exprès, répond Pétunia. Tu vois, cette prairie accueille et nourrit une faune variée. Et une bonne partie va polliniser et défendre le verger et le potager voisins.

Alice et Agathe observent, amusées, un papillon se poser sur les trèfles, une coccinelle se déplacer sur la tige d’un cosmos et aperçoivent brièvement une musaraigne se faufiler dans l’herbe.

— Alors moins on s’en occupe, mieux c’est ? demande Agathe.

— Parfois oui, sourit Hyppolite. C’est bizarre à entendre, hein ? On a grandi en pensant qu’un jardin en bonne santé, c’est un jardin bien tondu, bien taillé, bien désherbé… en deux mots : bien propre ! Mais la nature, elle, préfère le désordre.

— D’ailleurs, on ne taille jamais les haies au printemps, ajoute Pétunia. C’est la saison où les oiseaux font leur nid.

Un parfum de thym et de lavande flotte peu à peu dans l’air. Agathe ferme les yeux.

— On approche du jardin de simples, dit-elle. On le sent avant de le voir.

Pétunia sourit, se penche, prend une poignée de terre et la laisse filer entre ses doigts.

— Elle respire, laisse passer l’eau et les nutriments nécessaires aux plantes jusqu’aux racines. On ne la retourne jamais, on la nourrit avec notre compost et on la protège avec du foin, des feuilles mortes, de la paille.

Jardinons moins pour préserver la biodiversité

Un carré d’herbe qui n’est pas tondu, quelques feuilles mortes et une vieille branche qui traînent, une haie non taillée… Pour nous, cela peut donner l’impression d’un jardin laissé à l’abandon.

Pour la nature, c’est autre chose !

Les fleurs sauvages nourrissent les pollinisateurs. Les herbes hautes hébergent une multitude de petits animaux. Un tas de feuilles mortes sert de refuge aux hérissons durant l’hiver et nourrit le sol en se décomposant. Une vieille souche abrite toute une petite troupe d’insectes.

Alors, parfois, le meilleur que l’on puisse faire, c’est de ne rien faire !

Pas question non plus de délaisser tout le jardin, il suffit de garder quelques coins tranquilles.

💡😊 Le savais-tu ?

Sous nos pieds, il se passe aussi plein de choses !

Dans le sol vivent de petits animaux, des champignons et une multitude d’organismes invisibles à l’œil nu. Ils transforment les feuilles mortes et les autres matières organiques en nutriments pour les plantes et aèrent la terre en se déplaçant. Tous participent à la vie souterraine.

Et oui, un jardin vivant, ce n’est pas seulement ce que l’on voit.

Le soleil commence à décliner quand ils regagnent la terrasse.

Pétunia s’assoit, feuillette son carnet rempli de notes.

— Alors, lui demande Alice, il est en bonne santé le Jardijungle ?

— Plutôt, oui. Certaines plantes ont souffert mais beaucoup d’autres ont bien résisté. On va ajuster, replanter et surveiller.

— Grâce à tout ce qu’on a mis en place depuis des années, le Jardijungle s’en sort bien, conclut Hyppolite.

— À l’école, il paraît qu’ils veulent refaire la cour de récréation, dit Agathe. C’est vrai qu’il y fait chaud car il n’y a presque pas d’ombre. On devrait faire comme ici.

— Vous pouvez toujours en parler, suggère Pétunia.

Alice se relève d’un bond.

— Et puis aussi, l’école pourrait venir au Jardijungle. On pourrait leur montrer la mare et le crapaud et les deux sages et aussi…

— Une chose à la fois, ma p’tite Alice ! s’exclame Pétunia. Mais oui, pourquoi pas.

Tous se mettent à rire.

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