Ce matin, à Rosée-sur-thym, le froid pique les joues et l’air sent la terre mouillée.
Alice marche d’un pas rapide dans le jardijungle, les mains dans les poches, quand elle s’arrête net.
— Agathe ! Viens voir !
Entre deux touffes d’herbe, une petite clochette blanche s’agite dans l’air glacé.
Un perce-neige. Puis un autre. Bientôt cinq. Bientôt dix.
— Ils n’ont pas froid ? chuchote Alice.
Agathe s’accroupit. La terre est encore dure, mais plus tout à fait gelée.
— On est en février, c’est encore l’hiver… On demandera à Grand’pa quand on rentrera.
Au détour du chemin, elles découvrent des hellébores, des primevères, des crocus et le feuillage vert des narcisses, pointant vers le ciel.
— On prend des photos ! s’exclame Alice.





En traversant le potager, Alice trébuche sur une petite bosse.
— Aïe !
Elle gratte la terre avec ses doigts gantés. Une grosse racine apparaît. Plus loin, quelques carottes, un ou deux panais et quelques pieds de choux de Bruxelles et kale qui se pavanent fièrement.
— Il reste des légumes !
— Des légumes qui aiment le froid, ajoute Agathe.
Alice tire sur la racine.
— C’est quoi ce truc ?
Les filles remplissent leur panier et rentrent à la maison, le nez rougi, les bottes crottées.
Dans la cuisine, Grand’pa prépare du chocolat chaud.

— Ah ! Vous avez rapporté un helianthi. C’est un cousin du topinambour.
— Ça se mange ? demande Alice, méfiante.
— Bien sûr ! D’ailleurs, vos parents en proposent à la carte du restaurant.
Grand’pa pose le panier sur la table.
— Vous savez pourquoi certains légumes d’hiver résistent si bien au froid ?
— Quand il gèle, ils savent se défendre car ils contiennent plus d’amidon et moins d’eau que les légumes d’été. Or, quand l’eau gèle, elle peut détruire leurs cellules. Alors, pour se protéger, ces légumes transforment leur amidon en sucre. Ce sucre agit comme un antigel naturel.

Puis il ajoute en souriant :
— Et le mieux dans tout ça, c’est qu’ils deviennent encore meilleurs : plus sucrés, plus doux, plus tendres !
— Grand’pa, on a vu des perce-neige. Ils s’appellent comme ça parce qu’ils percent la neige ?

— Oui. Le perce-neige fleurit dès la fin de l’hiver et peut percer une fine couche de neige. C’est l’une des premières fleurs à annoncer l’arrivée du printemps.
— Alors la neige n’empêche pas les plantes de pousser ? s’étonne Agathe.
— Non, au contraire. Vous voyez les filles, la neige n’est pas l’ennemie du jardin. Elle est comme une couette blanche : elle garde le sol autour de zéro degré et protège les racines du grand froid. En fondant, elle arrose la terre en douceur et la nourrit un peu. Mais attention, si la neige est trop épaisse, cela peut casser les branches.
Un peu plus tard, il annonce :
— Au menu ce soir, soupe douce d’hiver : carottes, panais, helianthi et pommes de terre.
Bientôt la vapeur monte et une bonne odeur envahit la cuisine. Alice goûte et ouvre de grands yeux.
— Hum… c’est vraiment bon !
Grand’pa hoche la tête.
— Le jardin ne donne pas tout en même temps. Il faut apprendre à aimer chaque saison.
Agathe s’interroge.
— Soupe douce d’hiver, mais les jours rallongent.
Elle attrape la tablette.
Pourquoi les jours rallongent ou raccourcissent ?
1 La Terre tourne sur elle-même en 24 heures : cela crée le jour et la nuit.
2 En même temps, elle met un an pour faire le tour du Soleil.
3 Et il y a deux points à retenir :
- La Terre est inclinée (son axe est penché).
- La Terre est divisée en deux grandes parties : l’hémisphère Nord (où se trouve la France) et l’hémisphère Sud (où se trouve l’Australie, par exemple).
Cette inclinaison fait que, pendant 6 mois, une moitié de la Terre reçoit la lumière du Soleil plus longtemps. Puis, c’est l’inverse.
Quand notre hémisphère est penché vers le Soleil :
- Les rayons du Soleil arrivent plus directement et restent visibles plus longtemps dans la journée.
- Les journées rallongent progressivement.
Quand notre hémisphère est penché à l’opposé :
- La lumière arrive plus de côté et moins longtemps.
- Les journées raccourcissent (aussi) progressivement.
Autrement dit, quand c’est l’hiver dans l’hémisphère Nord (en France notamment), c’est l’été dans l’hémisphère Sud.
(Ce changement est lent, mais la nature, elle, le remarque tout de suite 🐝🌿)




Après le dîner :
— Et quand ce sera le printemps, qu’est-ce que l’on va faire dehors ? demande Agathe, son carnet à la main et tapotant son stylo sur sa bouche.
— Une cabane dans les arbres avec une longue-vue pour voir tout ce qui se passe autour, répond Alice.
Dehors, le jardin semble dormir, mais tout doucement…
